Valery Vilain, a coeur ouvert

Publié: 22 décembre 2010 dans Haïti Culture

Ils ne cessent d’augmenter en nombre, les hommes qui pratiquent le métier de maquilleur. De Michel Chataigne à Maïkadou, les pionniers, de nouveaux noms se font citer, de nouvelles figures se font découvrir. Loin des studios de beauté, ceux qui s’imposent le plus, sont ceux qu’on retrouve sur les plateaux de tournage de films, de spots publicitaires, des défilés de mode… Leurs travaux s’apprécient lors de la période carnavalesque, où leurs plumeaux, telles des baquettes magiques, transforment des gens selon leurs caprices et le besoin du défilé. Jugés tout d’abord pour leur choix professionnel, car, notre société voit mal un homme qui maquille un homme et accepte mal l’efféminé, même d’un artiste du terroir dont le talent à été mis en évidence à Hollywood. Un de ces magiciens du pinceau s’exprime. Il relate ses exploits et ses…déceptions. Feu vert à Valéry Vilain, un artiste sans complexe.

Présentation et débuts

 » Après mes études classiques, je voulais étudier le marketing, au fil du temps, j’ai fini par remarquer que le vrai métier que je devais faire c’était le maquillage. »

Valery a commence  à l’institut Michel hair design, l’école de cosmétologie de Michel Chataigne, il a appris le maquillage, depuis, il est maquilleur. Comme tous les parents haïtiens nous dit-il, les siens ont souhaité qu’il soit médecins ou avocats : « En Haïti les jeunes n’ont pas toujours la chance de faire ce qu’ils veulent, il y a la société et les parents. Les miens sont très compréhensifs, je leur ai parlé de mon choix et ils ont fini par accepter et à me donner deux ans, à conditions si j’échoue, je me courberais à leur volonté. Ils ont financés mes études et mon perfectionnement au Mexique et à Santo-Domingo » continue-t-il avec un calme qui cache très mal sa fierté d’avoir gagné le pari, et sa satisfaction d’avoir un talent que de grandes figures du show biz haïtien ont découvert.

Parcours

« Outre ma chance d’avoir eu un directeur professeur qui m’a poussé vers l’avant, mon talent m’a attiré les gens. Il y  a ma rencontre avec Murielle Leconte et ses créations, pour elle pendant quatre ans, lors de ses défilés. Puis il y a David André, un grand styliste, Anne-Daphnée Lemoine de confidences de Stars, Frantz Duval, tous ces gens là m’ont beaucoup aidé. Aussi, j’ai pratiqué la gratuité ; maquillé gratuitement des stars, des acteurs haïtiens, soit pour des films, des défilés, ou pour la publicité, jusqu’au jour où mon talent a été reconnu. En résumé, je me suis frayé un chemin. » Son ascension est visible : « J’ai été en juillet dernier à Hollywood, Californie, participé au World Championships Performing Arts (WCOPA) avec la délégation haïtienne qui a raflé vingt trois médailles et un plaque d’honneur.

Si j’ai été choisi d’entre tous ceux qu’on connaît, c’est sans doute pour mon professionnalisme, ma ponctualité, et le travail fini que je donne. »

Parents sceptiques

Malgré le succès de Valéry dans le maquillage, ses parents restent attachés à l’idée que leur garçon doit avoir une autre épée dans son fourreau. « Mes parents sont fiers, mais ils sont convaincus que je dois étudier autre chose. Il ne faut pas être trop têtu  dans la vie, je vais les écouter et étudier le management hôtel dans un pays étranger ». Cette décision, selon Valéry, est beaucoup plus familiale que professionnelle, un maquilleur gagne bien sa vie : « Ceci dit, il ne faut pas confondre gagner gros et gagner toujours. » Renchérit-il avant de préciser: « Il y a des époques pour le maquillage. En décembre ou en été, pour pâques, ça dépend de la saison, on peut gagner beaucoup. Existent malheureusement ces époques, que j’appelle ‘temps mort’. Pas de client, pas de films, pas de publicité,  aucun spectacle, ni défilé, pas de photo shoot, vraiment rien. À ce moment là, il faut puiser dans tes économies pour survivre.»

Clientèle et satisfactions

« Je maquille pour les spots publicitaires de Bon goût, Actimed, Alliance. Anne-Daphney Lemoine de Confidences de Stars, Géssica Généus dans tous ses films, toutes ses publicités d’ailleurs, elle ne jure que par moi, Tonton Bicha pour ses pubs, Ti Joe de Kreyol la pour les pubs de Voila, Nadège Telfort, Wyclef Jean pour la carte de recharge Voila… »

« Le maquillage est un élément de transformation. On peut vieillir, rajeunir, enlever des boutons, les rides, mettre des faux cils, faire des blessures artificielles pour le cinéma ou le carnaval, embellir ou enlaidir, c’est toute une  science, c’est tout un art »

Exploits

Des nombreux maquillages qu’il a réalisés, l’un d’eux s’est ancré dans la mémoire de l’artiste. Dès qu’il parle  d’exploits, il ne fait qu’une référence : « Haïti en scène. En hommage à Michel Sardou. Le maquillage était un miracle, j’étais à la fois artiste et maquilleur. Je m’en souviendrai encore »

Ses déceptions

Tous les problèmes de Valéry, découle de son choix professionnel : « En Haïti, quand tu es un homme et que tu es maquilleur et devient efféminé par le contact féminin composant ton monde, des gens t’envoient alors des propos vulgaires, blessants. C’est uniquement ça qui m’empêche de vivre normalement dans le pays. Pendant que j’y suis, je me bats chaque jour. »

Efféminé, mais pas gay

A la longue, l’efféminé chez Valéry, est devenu une sorte de stigmatisation: « J’ai un défaut que les haïtiens n’arrivent pas à comprendre, je suis efféminé. » Un défaut ? S’étonnera plus d’un. Pourquoi c’en est un ? « Les gens me posent plein de questions par le fait que je sois ainsi. Premièrement, je suis né ainsi, je n’ai pas honte de le dire. Cela ne sous entend nullement que je sois gay. Deuxièmement, je côtoie beaucoup de femmes, je partage beaucoup de choses avec elles. Il y a des gens qui te ferment des portes, d’autres te refusent leurs salutations. La société  haïtienne est trop dure, elle réclame trop pour le peu qu’elle offre. » Valéry affirme avoir déjà été approché par des hommes, qui sont devenus par la suite des amis avec qui il se raconte des potins. L’important selon lui, c’est de savoir qui tu es et les le dire. « Mes amis gays sont gentils, respectables, se sont des intellectuels, il faut seulement savoir leur dire non, sans avoir recours à la brutalité. Ils ont peur de ceux qui leur parlent trop fort, des garçons sauvages. Des thugs comme on les appelle. »

« J’ai plein d’amis gays, mais ça me tente pas. Je ne sais pas si un jour je serai ainsi, pour l’instant, je suis bien dans ma peau, très concentré sur mon avenir, et sur mon travail, les relations gays ne sont pas dans mes plans. »

Projets

Je rêve d’avoir ma propre gamme de produit de beauté. Ma petite amie compte lancer officiellement sa marque ‘Carla’ aux USA, moi je m’y rends pour les études, on se rencontre là-bas et puis…

commentaires
  1. jacques dit :

     » Les oiseaux ne laissent qu’un chant éphémère ; l’homme passe, mais sa renommée survit. « 

  2. didine dit :

    Les gens qui ne conprennent pas ce que tu fais dans le monde de la beauté et de l’esthétique ne valent pas la peine que tu leur prête attention alors… continue de faire ce que tu fais car tu le fais bien et tu aimes ce que tu fais c’est tt ce qui compte le reste ce n’est que du vent.

  3. Valery Vilain dit :

    MERCI DE TOUT COEUR …….Valery Vilain Maquilleur

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