Theodore Beaubrun, vu par son fils, Lolo

Publié: 25 décembre 2010 dans Haïti Culture

« Theodore Beaubrun dit Languichatte, né le 26 décembre 1918 à port-prince, décédé le 30 juin 1998. « Personne n’aura mieux incarné autant que celui dont nous saluons aujourd’hui le départ, le théâtre populaire haïtien au cours de ce dernier demi-siècle. Personne n’aura autant travaillé à son épanouissement, ni contribué à lui conférer ses lettres de noblesses. »
A l’occasion de la célébration de la naissance de ce genie, Culture 509, fait un flashback sur la vie de ce grand homme a travers une entrevue que son fils, Lolo a accordé à Richarson Dorvil et Jean Robert Duprat.

 

 

 

Peux-tu présenter pour les lecteurs du monde entier cet homme avec qui tu as vécu et évolué ?

Lòlò.- J’aimerais bien vous parler de mon père en long et en large, mais il vous faudrait bien plus d’espace et à moi bien plus de force.  Permettez que je vous remercie  pour cette opportunité que vous m’accordez. Théodore Beaubrun est né à Port-au-Prince le 26 décembre 1918 de Chardavoine Beaubrun  et  de Cémance Michel. Il a fait ses études primaires au Petit Séminaire Saint Martial puis les secondaires au Lycée Alexandre Pétion. On le reconnait comme homme de théâtre, mais il fut aussi tambourineur, chanteur et danseur.  Il a même fait partie d’une troupe de cubains nommée Orelia.  C’est au cours d’une tournée à Washington D.C, qu’il a rencontré ma mère, Luce Améris.

Quel genre de père fut-il ?

Lòlò.- Le type de père que tout enfant devrait avoir, bien que certains le trouvaient trop tolérant.  Je ne me souviens avoir manqué de rien, car il a toujours veillé sur nous comme une mère poule sur ses poussins.  Quand ma mère a laissé le pays en 1969, il a connu des jours difficiles, car il a dû nous élever seul.  Cependant, il n’a jamais flanché.

Qu’est-ce qu’il aimait ?

Lòlò.- Le foot-ball, la bonne musique et la lecture.  Non fumeur et non alcoolique, il se régalait à l’occasion d’un morceau de gâteau accompagné d’un verre de crémas.

Comment Théodore Beaubrun est-il devenu comédien ?

Lòlò.- Mon père n’est pas devenu comédien, il est né comédien.  A l’école, il a eu certaines fois des petits problèmes avec ses professeurs et se faisait punir en classe car ses mimiques accompagnées de ses paroles et ses actions faisaient souvent rire ses camarades.  Ce qui naturellement troublait l’athmosphère des classes qu’il a eu à fréquenter. En 1941, il co-animait une émission à la radio avec les Frères Caraha, Georges et Charles, deux de ses rares amis et déjà ses blagues succulentes faisaient sensation sur les ondes.  Le 31 mars 1942, la troupe Languichatte a fait sa première grande apparition au Rex Théâtre avec ‘’Languichatte se marie’’.

Avait-il des modèles ou des comédiens qu’il affectionnait d’une manière particulière ?

Lòlò.- Théodore Beaubrun avait en admiration des hommes tels : Charlie Chaplin, Louis de Funès, Jean Louis Barrau, Fernandel, mais son cœur était surtout tourné vers les talents du comédien mexicain, Cantinflas.  Le Français André Malraux, qui l’a vu performer, l’a surnommé : Le Fernandel Haïtien.

A la maison laissait-il apparaître son caractère comique ?

Lòlò.- Théodore Beaubrun et Languichatte Débordus sont deux personnages vraiment distincts.  Quand il rit ou s’exclame c’est le même homme, mais le père de famille fut quelqu’un de très réservé et tendre.

Quel est le meilleur souvenir que tu gardes de lui ?

Lòlò.- Il y en a tellement ! Mon père m’emmenait toujours au Théâtre de Verdure, dont il est devenu le directeur au cours des années 50,  au Théâtre Mont Bruno et aux Palmistes, où le Jazz Des Jeunes performait régulièrement.   Autre souvenir : dans une des pièces de théâtre qu’il a écrites (le retour de Dracula), il devait faire semblant de perdre connaissance.  Il a fait ça avec un tel naturel que mêmes nous autres comédiens avions craqué et  ri.  Cette image reste gravée dans ma mémoire.

Est-ce lui qui t’a conduit sur les plateaux de théâtre ?

Lòlò.- Non!  Mais avec mon père, l’art en général est une vraie contagion. Voilà pourquoi tous ses enfants sont attachés à une quelconque branche de l’arbre des arts.  La seule personne qu’il a vraiment poussé a faire du théâtre, c’est Manzè qui faisait office de régisseuse de la troupe.  Il a insisté pour qu’elle joue dans l’une des pièces et c’est dans « Languichatte à New York » qu’il a enfin obtenu satisfaction.

Est-ce qu’il t’a au moins influencé musicalement ?

Lòlò.- Le premier présent que je me souviens que mon père m’a offert fut un tambour.  A neuf ans, il m’a donné un piano électrique, qui m’a permis cinq ans plus tard de faire partie d’un groupe à tendance compas, fondé par Jean Claude Théodore.  Quand Boukman Ekspéryans a été fondé en 1978, je n’avais pas grande idée des rythmes, mais il m’a instruit, il est de ce fait le premier tambourineur du groupe.  Même sur son lit de mort, il fut le premier critique de mes méringues carnavalesques.

Tu es vodouisant… ton père l’était-il également ?

Lòlò.- Mon père ne s’est jamais mêlé au vaudou, bien qu’il n’ait jamais nié les forces de la nature.  Il a fréquenté l’église catholique, puis l’église protestante. Les protestants lui ont conseillé, maintes fois, de laisser tomber le théâtre, prétextant que c’était une activité satanique ; il a failli laisser tomber, mais un envoyé du ciel est venu lui parler dans son sommeil et il a recommencé avec ce don que Dieu lui avait accordé. Depuis, il s’est démarqué de ces extrémistes et est demeuré un chrétien ouvert.

Parle-nous de la descendance de Théodore Beaubrun.

Lòlò.- De quatre unions, mon père a laissé une dizaine d’enfants, nommés comme suit : Nicole, Théodore Jr, Jean Daniel, Marjorie, Ralph, Emmanuel, Christian, Edline, Doudouche, Réginald.

Nombreux artistes ont fait l’objet de persécutions a cause des messages vehicules dans leurs textes ? Théodore Beaubrun a-t-il eu à faire face à ce genre de difficultés ?

Lòlò.- Les oeuvres de mon père constituent un jugement de toute la société. La satire contenue dans ses œuvres n’était pas toujours vue d’un bon œil par une certaine catégorie de notre société, ce qui se comprend.  Durant le règne des Duvalier, il a eu a recevoir des menaces pour sa pièce « Le congrès des domestiques ».

Parle-nous de la série télévisée « Languichatte au vingtième siècle » avec laquelle la réputation de Languichatte Débordus a franchi toutes les frontières.

Lòlò.- Languichatte au vingtième siècle, c’est environ dix ans de théâtre diffusé sur la chaine nationale, plus de cinq cents pièces à  succès. C’est dix ans de grandes réalisations.

Que comptez-vous faire d’une telle œuvre ?

Lòlò.- Ce sont des pièces à exploiter, mais on essaie de les récupérer car de peu certains employés de la TNH les auraient jetées à la poubelle. Heureusement, la vison de l’actuel directeur general de cette station est différente de celle de ses prédecesseurs.  La famille est en negociatio pour la récupération de ce patrimoine inestimable qui a failli disparaître à jamais.

Ton père n’est plus, qu’en est-il de la troupe qu’il a créée?

Lòlò.- La troupe Languichatte est bien vivante et compte reprendre ses activités bientôt.  Nous avons des films à tourner et aussi des pièces de théâtre à réaliser.  Il y aura un mélange d’anciens et de nouveaux acteurs.

Parlez-nous un peu des derniers moments de votre père. De quoi souffrait-il exactement ?

Lòlò.- Au cours des années 80, on a remarqué un certain tremblement au niveau d’un de ses doigts, tremblement qui s’est ensuite étendu à plusieurs doigts, puis une main entière et finalement tout le corps.  C’était la maladie de Parkinson.  Vers 1994, il a du rester au lit pour ne jamais se relever. Il rendit son dernier soupir au cours du mois de juillet 1998.

Lòlò, nous te remercions pour ces précieuses informations.

Lòlò.- C’est à moi de vous remercier pour ce que vous faites pour la culture haïtienne et vos milliers de lecteurs.

Vivant ou mort… Théodore Beaubrun reste pour le peuple haïtien une référence ! Ses talents et son savoir ont fait de lui une légende vivante.  C’est le type d’haïtien dont la mémoire restera à jamais grave dans notre esprit.

 

 

commentaires
  1. Kiki dit :

    Le meilleur comedien Haitien de tous les temps…

  2. Marie Denise D.Lauré dit :

    Félicitations Messieurs, vous êtes en train de faire un excellent travail au sein de notre société. cela permettra aux jeunes haïtiens de connaitre les grands talents en d’autres termes les grds hommes. j’ai connu Languichatte vers les années 88 à 94. ce fut un acteur exceptionnel et à dire vrai jusqu’à présent il est inégal dans le théâtre haïtien. C’est un modèle à coup sûr pour ceux qui pensent faire du théâtre aujourd’hui.

    merci

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