Le grand maitre, Fravrange Valcin est parti

Publié: 31 décembre 2010 dans Haïti Culture


Valcin II est parti!  Le grand peintre haïtien, de renommée internationale, Valcin Fravrange s’est éteint le 28 décembre 2010. Malade depuis un certain temps, l’artiste a supporté courageusement son mal. A l’occasion de ce triste départ, nous vous présentons cet homme, que nous avons rencontré e en 2007, afin de mieux vous aider à cerner le personnage, trot tôt, disparu.

« Il connait le drapeau de tous les boat-people qui inventent le prolongement du désespoir à la croisée des souffrances enchevêtrées avec son pinceau, aux étincelles, trempé dans le volcan de la vie. Valcin II nage entre deux Erzulie, incendie l’injustice aux quatre coins, donne le sérum à l’espoir en chute et sauve le rêve par la chirurgie de l’art. » Jean Claude Dominique Chéry, 11 mars 1980. »

Déjà un quart de siècle depuis qu’une muse a emprunté ces mots à cet éminent philosophe de chez nous qui essayait d’exprimer sa conception de ma personne, de ce dont j’étais en mesure de réaliser! Lui, qui déjà me connaissait et chérissait mes œuvres. Aujourd’hui, je laisse de coté mes plans d’architecture, mes jardins que j’adore infiniment pour vous narrer mon histoire, mes origines, mes débuts, mes pensées et projets présents et à venir.

Il était une fois Coralie Bernard, une merveilleuse jérémienne aux yeux étincelants, haïtienne dans la peau et dans les tréfonds de son coeur. De passage dans sa ville natale o๠elle s’était rendue afin de prêter assistance à son père malade, cette jeune femme portait en elle le futur héritier d’un peintre de Port-de-Paix, Valcin. Elle mit son enfant au monde au cours de son séjour dans la cité des poètes, le 6 mars 1947. A cet enfant, on attribua les prénom et nom de Fravrange Valcin. Cet enfant, c’était moi!

Le chant des oiseaux, mêlé aux murmures des feuilles avec pour fond musical le zéphyr du sud fut la première symphonie à enchanter et égayer mes oreilles d’enfant. Plus tard, à Port-au-Prince, plus précisément à la ruelle Chrétien, o๠j’ai vécu mon enfance, loin d’abandonner leurs amours, mes oreilles auront la joie d’apprécier la trompette de Miles Davis et des autres seigneurs du jazz. D’autres souvenirs, parmi lesquels les funérailles de son excellence le président Dumarsais Estimé, la campagne électorale du grand tribun Daniel Fignolé, à qui j’ai eu la chance de presser la main, se greffent aux mélodies qui ont marqué mes premiers jours.

J’ai eu la chance d’être élevé à l’ombre de deux hommes, à qui, je suis fort reconnaissant, mon père et son frère, Gérard, tous deux peintres de profession. J’ai usé de beaucoup d’attention pour apprendre silencieusement comment manipuler le pinceau, nuancer les couleurs, dessiner un sujet, le faire vivre sous les regards qui le fusillent. Les difficiles conditions dans lesquelles évoluaient les artistes n’ont pas attiré l’enthousiasme de mes parents à me laisser m’aventurer sur telle voie. Mais en 1964, ma passion pour le pinceau a contraint mon oncle à faire de moi son disciple. En 1971, je me suis envolé vers les Etats-Unis d’Amérique o๠j’ai fréquenté l’école des Arts du Musée de Brooklyn. J’y ai passé deux années extraordinaires en essayant de percer les mystères de ces génies d’antan, ces grands maitres d’hier.

En 1972, mon nom d’artiste était Fravrange Valcin. J’ai fait ma première exposition au Champ-de-Mars et, à cette époque, les applaudissements et encouragements fusaient de toutes parts. Mais, je ne me suis pas laissé emporter. J’ai analysé plus profondément mon œuvre. Je me suis évadé de la routine de la peinture locale, j’ai créé mon propre style en superposant les éléments, ce qui m’a conduit à la troisième dimension, que certains prennent plaisir à appeler Transparence. A ce niveau, j’ai dévoilé certaines de mes toiles pour renaitre avec l’originalité de mon art et un nouveau nom, pour divorcer avec le style d’autrefois. Un nouveau nom : Valcin II.

Mes toiles ne portent pas le froid, la morgue des peintres caribéens qui, enchainés et résignés dans les traditions de la métropole, ne peuvent peindre que le beau. Mais la peinture, étant un moyen d’expression, ne saurait se borner à l’esthétique. C’est la voix du silence qui pénètre le silence de la conscience humaine. L’art de Valcin II n’est pas celui d’un être assisté, d’un être qui rampe (l’haïtien marche, il peut trébucher, mais il se relèvera certainement). On l’identifie par la nuance de ses couleurs qui brillent de mille feux, qui traduit les souffrances d’un peuple en agonie, d’une nation libre en constante lutte pour sauvegarder son indépendance.

Le monde étant un village global, je ne me fais esclave d’aucun style, d’aucun milieu, voilà pourquoi on retrouve dans mes œuvres le cubisme, le surréalisme, le constructivisme. Qui n’altèrent en rien mon authenticité. La diversité de mes sujets traduit la liberté d’esprit et rejette l’assujettissement. L’histoire s’unit au social, la politique se mêle au syncrétisme religieux, l’architecture se fond à la culture. Profondément spirituel, méticuleux, révolutionnaire, hyper sensible, je ne travaille pas pour m’enrichir, mais selon mon humeur et ma disposition d’esprit.

Depuis quelques temps, la peinture haïtienne traverse une période assez difficile, tout le monde se réclame peintre! Il ne suffit pas de pouvoir plagier l’œuvre d’un maitre. La peinture est un art, mais aussi une science, elle est régie par ses lois. A travers le monde, Haïti est très mal vue, mais l’art haïtien a transcendé les préjugés, les mauvaises pensées! Il est temps que l’on reconnaisse la rareté de notre valeur, que l’on retrouve à travers nos œuvres un patrimoine qui fait honneur à notre pays sur le plan international. Il est grand temps que nous laissons à la peinture la chance de sortir Haïti du labyrinthe o๠elle se trouve, la peinture que les maitres haïtiens connaissent si parfaitement.

Avec des centaines d’expositions à son actif, Valcin II a déjà fait le tour du monde et s’est vu combler de prix, de distinctions, d’honneurs.
A Jérémie, il est né ! En Haïti il a évolué ! Sur le monde entier il a mis son empreinte. Honneur et Mérite à cet artiste de classe, cet illustre haïtien!

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