FESMAN 3 : Une belle fête dans l’indifférence des Sénégalais

Publié: 5 janvier 2011 dans Haïti Culture

 La 3e édition du Festival mondial des arts nègres laisse de nombreux Sénégalais indifférents. Ces derniers se disent plus préoccupés par les coupures d’électricité, la flambée des prix, les problèmes d’éducation, de santé et d’emploi des jeunes.  

Au moment où tous les noirs d’Afrique et de la diaspora convergent vers Dakar, pour prendre part à la 3e édition du Festival mondial des arts nègres, les Sénégalais sont nombreux à ne pas se sentir concernés par cet événement mondial. Car le trouvant de loin secondaire, comparé aux innombrables priorités existant dans le pays. Un sentiment qu’un tour dans certains quartiers de la capitale nous a permis de mesurer chez des Sénégalais évoluant dans des secteurs divers.


Dans les rues très calmes de la Médina, en ce début de matinée, on ne croise que de rares passants vaquant à leurs occupations. Trouvée assise à côté de son kiosque à pain, Mme Diakhaté, née Marie Ba, estime que «le Festival mondial des arts nègres n’est que gaspillage». Plus préoccupée par la flambée des prix des denrées de première nécessité, elle ajoute : «je ne me sens pas concernée. Parce qu’il y a des priorités dans ce pays que les gouvernants n’ont pas réglées. La vie est devenue trop chère, les prix de l’huile, du riz et du gaz ont tous flambé». Pis, dénonce-t-elle, «il y a les coupures intempestives de l’électricité et les factures hors de portée des Sénégalais». Et au moment où de telles difficultés s’abattent sur les populations, «au lieu de les régler d’abord, ils se permettent de gaspiller encore des milliards pour un prétendu festival». D’où toute sa désolation : «vraiment c’est n’importe quoi et c’est plus que dommage».

 

Habité par le même sentiment, Galaye Samb, tailleur basé à la Gueule-Tapée, peste : «le Festival mondial des arts nègres n’est que futilité et je ne me sens pas du tout concerné. Parce que pour moi, il y a des priorités comme les coupures intempestives d’électricité qu’on doit régler». Outré par l’organisation de cette manifestation ayant englouti plusieurs dizaines de milliards, Galaye Samb fulmine : «depuis 4 heures du matin, nous n’avons pas de courant, je suis tailleur et je suis bloqué à cause de cette situation. Donc je pense que ce qui devait être la priorité du gouvernement, c’était de se pencher sur ces problèmes».
Pour sa part, Abdou Khadre Ndoye, personne de 3e âge, pense que cette 3e édition n’avait pas lieu d’exister, car les Africains ont fini de s’imposer à l’échelle internationale. «La première édition du Festival mondial des arts nègres était une bonne chose, parce que les gens ne connaissaient pas la culture noire. Et c’était une manière pour les Africains de faire connaître au reste du monde leurs cultures à l’occasion», rappelle le vieux. Mais, précise-t-il, «maintenant, les Africains ont réussi à s’imposer et à faire connaître leur identité culturelle à l’échelle internationale. Donc, ce n’est pas pertinent de gaspiller des milliards pour prôner la culture noire et surtout dans un contexte de crise économique». En effet, le vieil Abdou Khadre Ndoye estime qu’«aujourd’hui au Sénégal, il y a des priorités telles que l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes, qui devraient plus mobiliser les autorités. Il y a le problème de l’électricité qu’on doit régler définitivement, mais au lieu de cela, nos gouvernants se permettent de gaspiller de l’argent dans des futilités. C’est pourquoi je me sens totalement déconnecté de ce festival».

Une manière pour certains de prôner la renaissance africaine
Si la plupart des Sénégalais ne se sentent pas concernés par le Festival mondial des arts nègres, d’autres, par contre, trouvent tout à fait normal qu’un tel événement soit organisé ici. C’est le cas de Guédado Ndiaye, une mère de famille. Très enthousiasmée par l’idée de la renaissance africaine, Mme Ndiaye souhaite que le festival se renouvelle chaque année au Sénégal et indique : «je connais très bien le Festival mondial des arts nègres et je me sens concernée. Parce que c’est dans mon pays que cela va se passer en plus je suis Africaine. Il faut encourager cette belle initiative qui permettra aux Africains de se réunir et échanger sur les différentes cultures. En ce qui me concerne, je vais y participer. Aujourd’hui, je vais aller au stade pour assister à la cérémonie d’ouverture. Parce que c’est un événement unique en Afrique et quand on a la chance de pouvoir y participer, il faut le faire».
Même son de cloche du côté de Tapha Ndiaye, jeune commerçant rencontré à Sandaga. «Si tous les Africains viennent se retrouver au Sénégal pour partager leurs différentes cultures, c’est une bonne chose. Parce que tout le monde va y gagner et cela va permettre le développement économique du pays», argumente-t-il. «Si j’ai le temps, aujourd’hui, je vais aller au stade pour regarder la cérémonie d’ouverture, si le temps ne me le permet pas, je vais la regarder à la télé», promet notre interlocuteur.

 Marianne NDIAYE & Awa DABO

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