Jean Claude Duvalier, un homme, une histoire

Publié: 18 janvier 2011 dans Haïti Culture

 

Culture509 est versé dans la culture, mais sur demande de nos milliers d’internautes, trop jeunes pour connaître certaines parcelles de notre histoire, nous avons accepté de présenter pour eux ce personnage qui a marqué l’histoire et qui aujourd’hui est sur la sellette.

Jean-Claude, l’unique garçon  et le benjamin des enfants du Docteur François Duvalier et de son épouse Simone Ovide [† 26 Décembre 1997], fut le président d’Haïti du 22 Avril 1971 aux premières heures du 7 Février 1986.

 

Né à Port-au-Prince le 3 Juillet 1951, il était âgé de seulement six ans quand son père devint président d’Haiti à la suite des élections du 22 Septembre 1957. Il eut une enfance relativement calme et ne devait être l’objet de la curiosité de la presse et du public en général qu’au seuil de l’âge adulte, et ceci, malgré la tentative d’enlèvement du 26 Avril 1963. Ceux qui l’ont connu et l’ont suivi de près, l’ont décrit comme un jeune garçon timide et introverti, contredisant ainsi l’image de playboy et de coureur de jupes créée par la rumeur publique. Jean-Claude Duvalier fut, pendant son adolescence et les premières années de sa vie adulte un passionné des voitures de course et excellait dans l’art du tir.

Il fit ses études classiques notamment au Collège Bird, une école dirigée par les Méthodistes d’Haiti, et au Collège Saint Louis de Gonzague, l’une des plus prestigieuses écoles d’Haiti, dirigé par les Frères de l’Instruction Chrétienne. Il n’a jamais pu compléter les études de droits commencées à domicile sous la direction d’éminents juristes et professeurs de la Faculté de Droit de Port-au-Prince.

Marié à Michèle Bennett le 25 Mai 1980, le couple a eu deux enfants: un garçon du nom de François Nicolas et une fille nommée Anya.

Le 2 janvier suivant, durant sa traditionnelle adresse du jour de l’an, Duvalier père fit connaitre publiquement son intention de désigner son fils, Jean-Claude Duvalier, comme son successeur. Hâtivement, la chambre mono-camérale approuva les 13 articles devant amender la constitution de 1964 et donner une façade légale et constitutionnelle à cette démarche. L’un des articles réduisit l’âge minimum d’un président Haitien à 18 ans, et le 31 Janvier 1971, le peuple fut invité à ratifier le choix et les amendements à travers un référendum.

Ainsi donc, quand François Duvalier rendit l’âme en Avril 1971, la succession s’opéra sans heurts et sans une ferme opposition de l’intérieur. Le 22 Avril 1971, Jean-Claude Duvalier prêta le serment d’usage et devint le 38ème chef d’état haïtien.

Dans son premier cabinet on retrouva les faucons du régime de son père ou des duvaliéristes dont la loyauté demeurait indiscutable. On prétendit même, à cette époque que son père lui-même composa, avant sa mort, ce cabinet en vue d’une part, de lui faciliter la tâche et d’autre part, de garantir la continuité de son administration.

Toutefois, Jean-Claude Duvalier essaya, dès le début et malgré la présence des faucons dans son cabinet, de se démarquer des tactiques oppressives de son père. Dans l’un de ses premiers discours, il eut à déclarer que son père faisait la « révolution politique » alors que lui est appelé à faire une « révolution économique ». Du même souffle, il invita les exilés à regagner le bercail. Le nombre de ceux qui le prit au mot demeura toutefois insignifiant.

Il s’efforça également, dans les premiers temps, d’attaquer certains problèmes du pays, aidé en ce sens par plusieurs facteurs. Les relations avec les Etats-Unis, tendues depuis la coupure de l’aide américaine par le président Kennedy, sont revenues au beau fixe. Les aides affluèrent d’un peu partout et les industries de sous-traitance se multiplièrent. Les tensions avec la République Dominique ont été atténuées. Ces facteurs et ses démarches aérèrent un peu l’atmosphère étouffante des années 60 et facilitèrent une certaine libéralisation tant au niveau des esprits que du comportement. 

Toutefois, parce qu’il fut incapable de gérer et de canaliser  le courant de libéralisation, et poussé par les faucons duvaliéristes qui se sentirent menacés dans leur indiscutable autorité, son gouvernement entreprit, dès la fin des années 70, toute une série d’actes de représailles contre ses critiques et ceux qui osèrent questionner la présidence à vie.

La presse qui commençait à s’épanouir fut à nouveau bâillonnée ou recroquevillée sur elle-même, les membres des deux partis politiques qui opéraient sur le terrain se réfugièrent à nouveau dans la clandestinité, et les auteurs d’œuvres dramatiques censurés. Le 28 Novembre 1980, par exemple, son gouvernement procéda à l’arrestation de plusieurs leaders politiques non alliés au régime et des journalistes qui osèrent afficher une certaine indépendance.

De plus, son mariage avec Michèle Bennett, fille d’un membre de la bourgeoisie marchande et mulâtre, suscita bien des mécontents au sein même des duvaliéristes de première heure, qui virent dans cette alliance et dans la nomination de jeunes technocrates sans passé révolutionnaire aux timons des affaires de l’Etat, sinon une trahison du moins un démarquage des idéaux du duvaliérisme. Ceux qui osèrent exprimer ouvertement leur mécontentement furent réduits au silence.

Contraint par les pressions populaires et abandonné par les supporteurs internationaux du régime, Jean-Claude Duvalier dut se démettre et s’en aller d’Haïti au matin du 7 Février 1986 après avoir mis sur pied un conseil de gouvernement (CNG).

Avec sa femme Michèle et ses enfants (Nicolas et Anya) il s’établit donc en France avec une fortune estimée à près de 120 millions de dollars et provenant des fonds de l’état haïtien et transférés en partie dans des banques suisses. Cette dernière, à la demande de l’État haïtien, avait gelé les comptes liés à ces fonds. Après juste quelques années, la partie disponible de sa fortune fut dilapidée suites aux extravagances de sa femme. Cette dernière se divorça de lui en 1992. On rapporta alors que l’ancien président d’Haïti ferait face à de grandes difficultés financières.

En mai 2007, le dossier de la restitution des fonds déposés dans les banques suisses fit à nouveau la une des dépêches des agences de presse, le blocage des fonds déposés dans les banques de ce pays, ne pouvant être, en vertu de sa Constitution, que provisoire et le gouvernement haïtien n’ayant pu donner des garanties qu’au moins une partie des fonds servirait à des fins d’intérêt public. Ces garanties furent exigées par la Suisse, pour faire d’Haïti un bénéficiaire de tout déblocage.

En exil, il essaya, à plusieurs reprises de se faire entendre du peuple haïtien. Après les élections avortées du 29 Novembre 1987, il émit une déclaration à travers son avocat invitant les Haitiens au calme. En Septembre de l’année 2000, il posta sur le site officiel des Duvalier  un message où il se présente comme le « garant des changements inéluctables qui doivent marquer l’avenir ».

En Juillet 2002 il revint à la charge à travers une note publiée par son avocat Me. Sauveur Vaisse en indiquant qu’il était « prêt à regagner Haiti sa patrie ravagée par l’anarchie, l’insécurité, la pauvreté … et bien disposé à participer à la reconstruction du pays ». A la fin de la même année, dans une interview sur la chaîne de télévision américaine CBS, il dressa un sombre tableau de la situation économique en Haïti et, tout souhaitant le départ de l’actuel président, déclara qu’il est de son devoir de rentrer dans son pays pour aider à sa reconstruction.

Pendant ce temps, le Comité pour juger Duvalier formé en France s’active autour de son dossier et veut intenter contre lui un procès pour violations des droits de l’homme et crimes graves commis en Haïti de 1972 à 1986

Toutefois, malgré une côte de popularité insignifiante en Haiti et dans la diaspora, malgré l’aversion qu’il continue d’inspirer, certains compatriotes, écœurés par la situation qui prévaut aujourd’hui en Haiti, éprouvent le besoin de re-visiter son régime, et ce, avec une prédisposition beaucoup plus indulgente.

Texte: Haiti-Reference

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