Jacques Adler Jean Pierre, une poésie de l’urgence

Publié: 25 janvier 2011 dans Haïti Culture

Rien ne peut vraiment forcer l’Haïtien à abandonner sa terre, même si des poètes comme Raymond Chassagne voient en elle une « terre injuste, inquiète, malade ». Terre, prise ici dans son sens le plus profond. De ces maux est née l’urgence d’un dire poétique comme une larme non versée qui se noue à la gorge. Le poète Jacques Adler Jean Pierre qui a signé récemment son premier recueil de poèmes «  Des mots pour mourir après l’amour », n’y va pas par quatre chemins, pour crier son désarroi face à l’inacceptable. Un pays qui sombre encore dans le désespoir au seuil du nouvel an.  Dans cette fête de tous les mots  où le poète jubile, joue et jouit de la beauté de la langue dans une démarche sans cesse renouvelée d’explorer le territoire réel de l’homme dans toute sa diversité et dresser un inventaire de ce qui le caractérise. L’homme est debout avec sa langue dans l’écartèlement du rêve, le total délire, le désir fou de recréer un alphabet qui fait promesse d’encre.

Dans « Des mots pour mourir après l’amour », d’un poème à un autre, le poète nous fait revivre les temps forts du tremblement de terre et le sort de millions d’Haïtiens vivotant encore sous les tentes à la limite de l’inhumanité. Un livre  dans lequel chaque texte est hanté par un non dit, quand ce n’est une dénonciation rageuse.

La ville détruite et sa représentation décorent les pages  «Des mots pour mourir après l’amour» où l’homme fissuré tente de porter d’autres rêves au milieu des décombres et les âmes corrompues des autorités de l’Etat, qui, depuis des décennies ne cessent d’enfoncer le pays dans le chaos.

La poésie de Jacques Adler Jean Pierre est engagement. Déchirures. Révoltes. Elle s’oppose à une élite politique  à la conscience encrassée et aveugle. Une poésie par laquelle il fait sien le lot commun de ses frères, dans l’urgence de  l’Etat-Nation à fonder, sans discrimination étatique à la naissance, comme la marque de la bête annoncée dans Apocalypse (Peyizan, Citadin, enfant légitime, adultérin…) et de pays en dehors pour expliquer leur manque de vision et de capacité à prioriser les intérêts supérieurs de la nation qu’ils sont appelés à servir.
De la difficulté de vaincre le deuil, le poète se résout à vivre un amour acidulé dans l’acuité de la chair à l’affut et d’étreinte. Le poète Jacques Adler Jean Pierre, dans un vocabulaire qui s’acharne à exister vit difficilement une dissidence de lèvres à lèvres et l’ivresse des moments dans la fraicheur de Paskett. L’amour devient multiforme et se déroulement en mètre carré infini de tendresse imprimé sur la page blanche à coup de folie et d’images fécondes.

Jean François Toussaint
toussaintjeanfrancois@yahoo.fr

 

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