Ansy Derose n’est pas mort, un genie ne meurt jamais…

Publié: 15 mars 2011 dans Haïti Culture

Né à Port-au-Prince le 3 juin 1934, Ansy Dérose commença très tôt sa carrière de chanteur sous la conduite de Mme Elisabeth Mahy, Professeur de technique vocale, de nationalité française. Pendant toute une décade, il ne chanta que les mélodies de Frantz Schubert, de Schumann et de Beethoven. Il excella dans les airs de Lalo, de Jules Massenet et de Gabriel Fauré.

Ayant obtenu une bourse qui lui permit de continuer ses études techniques en Allemagne (où il se rendit le 23 novembre 1963), il ne négligea pas pour autant son talent et son art. C’est pourquoi il s’inscrivit au «Musick Hoch Shule» où ses professeurs lui reconnurent un grand talent d’interprète. Par la suite, transféré à Saarbrücken, il participa à un concours d’amateurs programmé par la Radio télévision de cette ville, concours dont il sortit premier lauréat. C’est ainsi qu’il commença à faire connaître dans le pays de Goethe et Mozart les chansons traditionnelles haïtiennes ainsi que celles, d’une facture remarquable, qu’il composait déjà lui-même.

A son retour d’Allemagne en1964, invité par des parents pour un séjour à Chicago, il y resta dix-huit mois et s’inscrivit à la «American Conservatory of Chicago» sous la direction du Grand Maître G. Moore dont il gagna l’estime et l’admiration.

 

Sa grande entrée sur la scène internationale fut au «Premier Festival Mondial de la Chanson» qui se tint à Mexico en novembre 1970, avec les plus grands noms de la musique européenne et sud-américaine, et des chefs d’orchestre et arrangeurs comme Paul Mauriat, Franck Pourcel, Pochio Perez. Sur les 70 pays représentés, sa chanson «Maria», l’une de ses toutes premières compositions, arrangée par Pochio Perez, gagna le troisième trophée. Ceci lui valut une colonne dans la première page du journal officiel « Olimpo » de Mexico où l’on pouvait lire ceci : «…Avec Ansy Dérose d’Haïti se rompt la chaîne des triomphateurs européens».

 

Malgré les nombreuses offres qui lui ont été faites par des firmes européennes, Ansy Dérose, après cette expérience, comprit l’urgente nécessité de poursuivre ses études musicales. En dépit de l’absence de Conservatoire, il décida de retourner au pays natal. Doué d’une incroyable capacité à se former et à se parfaire, notre autodidacte  choisit de s’adonner corps et âme à la tâche avec un acharnement implacable et s’enferma pendant trois mois, travaillant jour et nuit, déterminé à corriger ses insuffisances. Après treize ans d’enseignement à l’Ecole professionnelle J.B. Damier, il en devint le directeur. Après le départ des experts, le niveau de l’enseignement baissa considérablement et notre nouveau directeur dut se mettre en quatre pour le relever: il s’employa à faire recruter des professeurs qualifiés et surtout à trouver les fonds indispensables (qui ont toujours cruellement manqué) au bon fonctionnement de l’établissement. Il suivit aussi pendant trois ans des cours d’Architecture et de décoration intérieure.

 

En 1972, son premier disque «Ansy, sa Musique et sa Poésie» fit les délices des mélomanes. Son second album «Quo Vadis Terra» (1974) connut un succès inépuisable. Ses chansons, symboles d’espoir, d’amour  et de fraternité, ont fait de lui le chanteur le plus adulé du pays.

 

Entretemps, Ansy découvrit en sa femme, Yole Ledan Dérose (1976), une parolière d’une grande sensibilité et une voix extrêmement harmonieuse qui, jointe à la sienne, était destinée à produire un effet des plus heureux. Un spectacle fut donné au Rex Théâtre pour partager avec le public haïtien le 2e prix du Festival International de la Chanson et de la Voix. C’est à cette occasion que le public découvrit Yole. Ce fut le coup de foudre et, désormais, le public ne se passa plus de ce couple mythique.

 

Yole et Ansy, c’est la réplique de deux voix sœurs, le symbole unique en Haïti d’un couple qui a réussi sur la scène artistique comme dans la vie privée. La popularité déjà solide d’Ansy a certainement été renforcée par la voix douce et vive de sa compagne dont on est unanime à vanter l’éclatante beauté. Porteurs de rêves et de tendresse, leurs noms sont toujours évoqués avec fascination et jouissent d’un renom sans égal. Leur spectacle en «Hommage à la Jeunesse», au Stade Sylvio Cator, le 11 mai 1985, devant plus de vingt cinq mille spectateurs, auquel participèrent neuf jeunes talents des neuf départements géographiques du pays en est une preuve éloquente.

L’album «Anakaona» a placé Ansy Dérose sur un autre palier de consécration. Le texte de cette chanson, tant en espagnol qu’en français, a fait vibrer l’âme de la Caraïbe, comme à l’occasion de sa grande première au théâtre des Beaux Arts à Porto-Rico, et le fait qu’il parle de liberté reconquise et enseigne la justice, le courage et l’amour lui vaut de figurer parmi les morceaux choisis imprimés à l’usage des élèves de l’Institution Saint Louis de Gonzague.

Toujours fidèles au rendez-vous, entre le public et eux-mêmes, c’est le grand Amour : «Yole et Ansy». Quelques soient l’heure et le lieu, de longues et interminables files de spectateurs se forment devant les théâtres où ils se produisent tant en Haïti qu’à l’étranger. De la plus modeste à la plus prestigieuse des salles en passant par le «Carnegie Hall», carrefour des célébrités du monde entier.

 

La version créole de l’Hymne National, écrite d’après la ligne de pensée de M. Raymond Moïse et en collaboration avec ce dernier, a été consacrée et nationalisée par décret du Ministère de l’Information le 18 mai 1986.

 

Ansy Dérose est à la fois poète, compositeur, interprète et arrangeur. Il a représenté avec prestige la chanson haïtienne, chez lui comme dans les rencontres internationales. Ses chansons sont d’une vigueur, d’une tendresse, d’une passion et d’une beauté telle qu’il est difficile de les oublier ou de ne pas les aimer, même après les avoir écoutées rien qu’une fois (Carlo Désinor).

 

Son microsillon «Nou vle», sorti en 1987 avant les premières élections présidentielles, est peut-être l’expression la plus vibrante de l’âme haïtienne.

 

En 1989 fut édité l’album «Quand mon Cœur Bat la Mesure» où Yole, cette fois seule, donna toute la mesure de sa sensibilité et de sa voix chaude, prenante et sensuelle. En été de la même année, Ansy et Yole effectuèrent une tournée nationale qui les conduisit à Saint-Marc, Gonaïves, Port-de-Paix, Cap-Haïtien, Léogane, Petit-Goâve, Jacmel, Jérémie, aux Cayes, etc. Au cours de ce périple, les albums «Nou Vle» et «Quand mon Cœur Bat la Mesure» embrasèrent le cœur de nos compatriotes.

 

Avec la chanson «F.D.A. w anraje» fut entreprise une longue tournée qui les mena à New York, Boston, New Jersey, Washington D.C., Miami et Orlando. Cette tournée fut à l’origine de la marche historique du 19 septembre 1990 à Washington D.C. à laquelle prirent part environ deux cent mille Haïtiens, contre la politique raciste de la FDA qui faisait croire, à tort d’ailleurs, que notre pays était l’une des sources du SIDA sur la planète.

 

De 1990 à 1996, Ansy continua à produire des spectacles en Haïti comme à l’étranger et à travailler sur le plan professionnel comme architecte-décorateur. Fin 1991, début 1992, suite à des activités malhonnêtes menées par des individus malintentionnés, il décida de quitter la direction de l’Ecole Professionnelle JB Damier. Il construisit alors l’Atelier-école qui porta son nom où il réalisa des travaux d’ébénisterie et de ferronnerie pendant qu’il continuait la formation de jeunes ouvriers.

 

Dans la même période, il fonda, avec des collègues musiciens parmi lesquels Raoul Denis Jr, Lionel Benjamin, Boulot Valcourt, Henri Célestin, l’Association Nationale des Auteurs Compositeurs et Interprètes de Musique (ANACIM), qui avait pour objectif d’instituer une Société des Droits d’Auteurs en Haïti. Ils entreprirent les démarches nécessaires qui aboutirent à la première visite d’une délégation de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI).

Credit Biographie: www.lesproductionsyd.com

 

commentaires
  1. Erwine Clerge dit :

    Great job brother!

  2. Emann Joasil dit :

    Thanks for sharing. That was a great read. I wanted to know how he died; unfortunately, the text does not make any mention of that.

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