A propos de « Souf Douvanjou »

Publié: 29 septembre 2011 dans Haïti Culture

Je veux croire que la poésie est partout. Partout dans ce qui existe, bouge, respire, transpire. Mais surtout dans ce qui inspire. Le poète pourtant, trouve son inspiration au-delà de l’existence, au-delà des mouvements, au-delà de la respiration et au-delà même de la transpiration. Les mots du poète voyagent au tréfonds des sens qu’il applique à chaque situation. Des mots de la réalité sensible. Des mots de rêves inaccessibles. Des mots d’espoir essoufflé. Des mots pour créer un monde à part : un monde de mots pour raconter les  contresens ; les circonstances telles que l’esprit du poète les conçoit. Des mots pour bruire dans la nuit, la solitude de la lune d’argent, timide, source de lumière des nuits enchantées. 

Des mots pour réchauffer le soleil à la volonté des heures : heures de tristesse, heures de joie. Des mots pour calculer les déhanchements, les soubresauts, les vertiges des feuilles et des fleurs animées par le vent. Des mots de chronique d’amour en désolation. Des mots au cou tordu… des mots tordus.

 

Je veux croire que le poète, avisé de tout cela, sait partout choisir et poser les mots entre les lignes de tristesse quand les phrases ont froid ; entre les rayons de joie quand les mots ravivent la chaleur ardente d’un soleil d’amour. 

Laissez-moi donc vous dire une fois de plus ce que je veux croire. André Fouad est un artisan des mots au carrefour d’une tradition qui  se mesure avec le temps. Une tradition enchâssée dans le froufrou des ombres dans la nuit des tropiques ; une tradition téméraire qui ne se laisse pas effrayer par les multiples nuits sans visage écoulées sur la terre étrangère loin  des Contes : Tonton  Bouki, Konpè ti Malis, Chikata, Tezen, Lagrandyab…

André Fouad n’est pas seulement solitaire de « BRI LAN NWIT » dans la chevelure des fleuves de son pays, sur les tombes zombifiées, dans les rythmes de tambour d’acajou à peau de bouvillon. André Fouad  supplie la maitresse AIR de lui apporter le « SOUF DOUVANJOU » que seul Haïti, perle antillaise, savait lui offrir dans le temps du passage attachant de son existence.

Avec « BRI LAN NWIT », André Fouad avait fait l’écho d’une peur qu’il tenait étouffée, mais qui sous sa plume décrivait des lignes suivies par une âme en fuite contre le destin de Prométhée. Et comme un antidote, « SOUF DOUVANJOU » expose le verdict d’une certaine résolution à double face ; un mélange de culture Titres créoles et Corps amalgamés. Si vous vous donnez la peine de constater avec  moi :

« Lapatèt lanmou no ukase

Ou pa wè kouman

Nwaj yo fese kò yo

Nan yon penti Prefèt Duffaut”  (LA PATET).

Adelina est donc l’invitée spéciale de ce spectacle de Cerf-volant amoureux qui n’est plus attaché au fil de sa dulcinée pilote souffrant de revoir les lieux du naufrage sur les bords du temps. Qui dirait que les pleures d’André Fouad sont fondées sur les nuits sombres de son amour en amont de l’espoir. Oui, il l’a su affirmer :

« Nou sele

DNan sèso le tan

Epi nou pran grenpe dousman dousman

Sou do lannwit ».

“Bab pou Bab” nous retrouvons André Fouad au pas de l’entrée des premières lueurs du jour, tout armé de son courage :

« Mwen vle angranjan

Nan chalè Souf Douvanjou ».

Le Prophète de « BRI LAN NWIT » est bien le créateur de « SOUF DOUVANJOU ». Les serres de « BRI LAN NWIT » ne se sont pas détachées du collet de « SOUF DOUVAJOU ». C’est sans le vouloir, peut-être, que le  poète André Fouad a accouché ses deux enfants dans la glaise d’une même muse. Je veux dire par là que « BRI LAN NWIT » et « SOUF DOUVANJOU » ont raté de peu une naissance siamoise. Mais une petite différence a troublé la constance des rythmes des deux recueils. Je l’ai remarqué grâce à une lecture linéaire des deux plaquettes : « SOUF DOUVANJOU » est un enfant métisse parlant sa langue maternelle avec une pointe d’acculturation. Pour preuve j’accuse ces deux vers du titre «  FOUYE GADE » :

« Lalin epav epav deblaye

Nwaj grap pa grap ».

Ces vers sublimes dans leur sens: la lune ramassée en débris dans un semblant de mer avec des nuages à la danse. Ces vers si simple pourtant !

La poésie est une autre forme de langage qui se love dans la peau des micro-mots pour révéler des sentiments aux phrases soulées au « KLEREN », en plein public :

« Se nan vè kleren Plas Bwaye

Zetwal mwen chanje katye ».

André Fouad, j’attends aussi un « SOUF DOUVANJOU » pour me ramener vers les cotes du pays du Caïman étoilé d’Emile Roumer afin d’admirer les « frais ombrages tout sonores du chant des oiseaux et du vent » que nous disait  Carl Brouard, notre HAITI CHERI.

Chaque recueil offre son gerbe de mots attaché à sa queue de muse. «  SOUF DOUVANJOU » est un ruban d’or en nœud de joie au cou d’ANDRE FOUAD.

Jean Rony Cinéus, lecteur.

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