John Steve Brunache, la voix des sans voix !

Publié: 16 décembre 2011 dans Haïti Culture

John Steve Brunache après avoir marqué la musique haïtienne avec le groupe Tom Tom, ses albums solo, aux textes profonds et engagés, qui ont fait de lui la voix des sans voix a laissé Haïti. On le comprend, car les prophètes  sont mal vus par les méchants et sont souvent pris pour cible. Afin de vous permettre de garder en mémoire ce grand artiste, qui prépare la sortie d’un autre album, qui sera certes, d’anthologie, nous vous proposons un extrait d’une entrevue qu’il avait accordée à Janie Bogart.

Qui es-tu? parle-nous de ton enfance?

C’est très difficile de raconter une si longue histoire. J’ai eu une enfance dorée, vu la façon dont la famille et les amis prenaient soin de moi dans le quartier. Je suis le premier enfant de la famille. Les premiers sont toujours les gâtés tout comme les derniers d’ailleurs.  J’avais beaucoup d’amis, je jouais au cerf-volant, à la toupie, j’ai appris à nager. J’allais à l’école chez les Frères de l’Instruction chrétienne et je faisais aussi partie des enfants de chœur de la ville. Mais à un moment donné, il y a eu une cassure. Ma mère s’était séparée de mon père et, entretemps, elle a dû voyager. Et moi, je suis resté au pays pour la rejoindre beaucoup plus tard. Donc, j’ai dû entrer avec une grande vitesse dans l’adolescence où j’ai commencé à prendre des décisions très personnelles, à voler de mes propres ailes. Alors, c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à connaître le vrai visage de ce que nous appelons la vie sur cette terre.

Pendant cette période, j’ai connu les affres de la vie. Cela ne veut pas dire que j’ai côtoyé la misère. Mais c’était vraiment difficile pour moi de n’avoir pas eu à mes côtés les personnes qu’il me fallait à cette époque, pour bien et mieux grandir. Mais heureusement, j’ai eu la chance d’avoir une enfance et une éducation de base solides qui m’ont permis, à partir de dix-sept, dix-huit ans, de monter la tête haute, le front au soleil avec de très grandes aspirations pour affronter la vie.

Parlez-nous de vos débuts dans la musique? Qu’est-ce qui vous a incité à chanter?

Comme toute personne qui faisait partie du scoutisme, je chantais beaucoup pendant les excursions, les rendez-vous. Et aussi chez les Frères, on chantait beaucoup pour préparer la messe du dimanche. Il y avait aussi dans ma famille des personnes qui donnaient des sérénades; c’était l’habitude, bien sûr, dans les quartiers à cette époque-là, les jeunes gens qui étaient plus avancés que moi restaient tard dans la ville pour chanter pour les femmes. Je me retrouvais, sans le savoir certaines fois, en train d’interpréter de belles chansonnettes françaises. Je chantais assez bien et recevais des compliments. Cela ne m’était pourtant pas venu à l’idée d’en faire une carrière ou que j’allais me faire un nom dans la musique haïtienne, car dès l’enfance, mon père et ma mère avaient décidé que je devais aller en Allemagne pour étudier la médecine.

J’ai découvert la chanson avec ma voix beaucoup plus tard, lorsque je me suis installé à Port-au-Prince avec des amis. C’est à cette époque-là que j’ai commencé à vivre la vie nocturne avec des amis au cours des sérénades, de grandes randonnées à Delmas 69, dans les zones de Carrefour, de Nazon, à Bourdon où on allait réveiller des pensions de jeunes filles à 1h-2h du matin, avec de très belles chansons françaises. C’est à partir de ce moment que j’ai compris qu’il fallait continuer à faire valoir ma voix.

On ne retrouve cependant pas trop l’amour dans vos chansons, à part l’amour pour Haïti…

L’amour est très vivant dans mes chansons. L’amour pour mon pays, pour cette grande nation, l’amour aussi pour mes frères et sœurs. Cet amour avec un petit piment érotique, c’était un amour de ma jeunesse. Avant que j’aie pu faire la découverte de ces chansons engagées, on me considérait comme un chanteur de charme.

Est-ce que ça va revenir?

Je ne sais vraiment pas parce que j’ai abandonné ces chansons pour pouvoir réveiller ma conscience haïtienne, la vraie conscience. Je veux dire par là, porter ces chansons à un niveau où elles peuvent toucher la mentalité. Une mentalité qui doit changer, qui doit dépasser le niveau de la médiocrité, de la petitesse, de l’infériorité. C’est ce que j’ai voulu faire. On dit que je suis engagé. Bon je suis engagé dans une certaine mesure à la réparation de la mentalité qui a été brisée depuis le temps des massacres esclavagistes, brisée depuis le temps des grandes séparations des enfants d’avec leur maman, de la cassure des familles depuis le temps d’écartèlement sur les champs de banane, de cotonnier, sur les champs de canne. Beaucoup de choses comme ça nous sont restées dans la mémoire même si nous n’en parlons pas aujourd’hui. C’est quand même un peu génétique parce que c’est une douleur, une sorte de blessure que nous portons pour nos ancêtres qui ont tant souffert pour nous. Alors je me suis dit qu’il me faut faire quelque chose, porter matière à l’édifice, à la construction de ce pays, et c’est ainsi que j’ai décidé de me ranger du côté des chanteurs engagés. Mais je suis quand même resté sentimental Parlez-nous de John Steve Brunache, de son enfance, de sa jeunesse.

Quels sont vos chanteurs préférés?

Lorsque j’avais dix-sept ans, j’ai beaucoup aimé Mike Brant. Ses chansons sont restées immortelles. J’ai aussi aimé Léo Ferre, Michel Sardou. Du côté haïtien, j’ai beaucoup apprécié la voix de Cubano de Skah Shah, j’ai apprécié aussi la façon d’animer de Shoubou de tabou Combo. Lors de mon passage à Radio Métropole, j’ai connu la voix de Gérard Dupervil. Deux vedettes haïtiennes qui m’ont beaucoup frappé: Roger Colas et Guy Durosier. J’aime aussi John Steve Brunache.

Vous avez disparu de la scène musicale depuis près de dix ans au point qu’on vous a cru mort, pourquoi?

Eh bien, il y a eu des hauts et des bas. J’ai dû prendre la grande décision de fonder une famille avec ma femme Marjorie. Aujourd’hui nous avons deux garçons très beaux, très éveillés, intelligents, Emet et Ado. Je voulais faire une expérience importante au cours de ces dernières années: celle de permettre à mes enfants de sentir ma présence. Je ne peux donner conseil à mon pays ni ne peux le chanter tout en négligeant ma famille. Parce que le pays est une grande famille. Si je dis que je respecte et que j’aime mes frères et sœurs, si je dis que j’aime mon pays et que je veux participer à sa construction, il me faut commencer avec ma propre famille. La charité bien ordonnée commence par soi-même. C’est pourquoi j’ai pris la décision de m’écarter de la scène musicale

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