King Kino, je suis venu au monde super star

Publié: 17 décembre 2011 dans Haïti Culture

Si les fantômes ont toujours été source de frayeurs et ont laissé en vous l’empreinte de l’émoi et de l’effroi, cette semaine Culture509 veut mettre un terme à cette hantise en vous mettant en contact avec un de ces maîtres de l’ombre, qui par sa classe et sa majesté, sort de l’ordinaire. Vous avez sans nul doute déjà lu et entendu beaucoup de choses au sujet de cette grande vedette de la musique haïtienne. Mais comme de coutume, ce qui n’a été jusqu’ici dévoilé, vous est apporté par votre site favori. Appréciez, mesdames, mesdemoiselles et messieurs, cette entrevue exclusive que King Kino.
King Kino, chanteur-compositeur, nous avons la joie de t’accueillir sur le plateau de Culture509. Ils sont légion ceux qui en savent peu à ton sujet. Peux-tu t’identifier pour ces innombrables fans qui t’adorent et les curieux du monde entier ?

Loin d’être un produit de la lune, je viens d’une partie du globe terrestre que mes prédécesseurs ont baptisé Haïti. C’est un territoire extraordinaire dont le peuple a marqué l’histoire du monde il y a de cela deux siècles. On m’appelle Raymond Divers. J’ai pris naissance au Cap-Haïtien le 12 décembre 1962, de parents jérémiens. Le jour même de ma venue au monde, j’ai été conduit à Port-au-Prince et c’est là que j’ai passé toute mon adolescence. Je ne suis retourné dans la cité du roi Henri Christophe qu’en 1993.

Mes parents de foi protestante, ancrés aux œuvres humanitaires, m’ont inscrit à l’Ecole Frères Polycarpe, où j’ai commencé ma formation scolaire. Ensuite, j’ai fréquenté l’Ecole du Pasteur Luc Nérée, car les protestants n’étaient pas les bienvenus dans les institutions catholiques. En dépit de cela, ma première année au secondaire, je l’ai passée au Collège Canado Haïtien. Mais ça n’a pas marché et j’ai dû retrouver les bancs d’une école laïque, Cœur de Jésus, qui borde le Champs-de-Mars. Au terme de mes études classiques, j’ai mis les voiles pour les États-Unis, où j’ai fait des études en Psychologie Sociale et en Administration Commerciale. Je joue de la musique depuis mon enfance, j’ai eu ma première guitare à 9 ans et comme j’ai dit un jour à un journaliste américain : « Je ne suis pas devenu super star, je suis venu au monde super star ! »

Il y a quelques années, on a vu un King Kino très engagé dans la politique haïtienne. Certains prétendent même que tu aspirerais à des fonctions politiques. Quelle part de vérité y a-t-il dans ces allégations ?

Il est permis à tout honnête citoyen d’éprouver le désir de participer activement dans les prises de décisions relatives à sa patrie et je les encourage. Personnellement, je suis un activiste politique, la meilleure façon que je puisse aider Haïti c’est en continuant sur la voie où je me trouve. Il n’est pas nécessaire que je sois ministre ou sénateur. Je n’ai pas la carrure d’un politicien, moi, et je respecte tout le monde. Mais je n’accepte pas que l’on se paie ma tête, je suis libre dans mes actes comme dans mes discours. Je veux aider mon pays à sortir de cette boue dans laquelle les presses tant internationale que nationale l’ont trainé. Ces presses crient ça et là qu’Haïti est un pays à haut risque où les gens s’entretuent, où la machette fait la loi, ce qui est complètement faux ! La presse est une arme, il faut qu’elle soit utilisée à bon escient. Il est grand temps que le vrai visage d’Haïti soit vu à travers le globe.

Après un demi-siècle d’existence, penses-tu que la musique haïtienne a progressé ou se trouve sur les rails du déclin ?

La musique haïtienne a progressé et fait des pas en avant, médiocre ou non. Le Compas est le seul gouvernement qui est encore en place en Haïti. Que de dirigeants ont fait le grand pas vers l’au-delà ou ont été destitués. Le Compas est universel, partout et dans toutes les occasions, à l’église comme au lit. Les politiciens haïtiens devraient plagier le Compas pour savoir comment diriger notre pays.

Comment vois-tu Haïti dans une décennie ?

Dans dix ans, je veux voir une Haïti différente de celle que je vois aujourd’hui, voir les gens travailler et répondre aux besoins de leurs dépendants. Il faut que l’économie fasse un bond en avant. Nous devons attirer davantage de touristes, car dans la Caraïbe, nous sommes culturellement et historiquement les plus riches. Tout le monde a copié notre lutte. Martin Luther King Jr., Malcolm X, eux-mêmes nous ont plagiés. Je rêve de voir ce coin de terre desservi par des myriades de lignes aériennes dans un véritable aéroport et enlever le monopole du trafic aérien entre les mains d’une seule compagnie.

Autrefois, tu enseignais. Aurais-tu laissé tomber la chaire de professeur ou es-tu encore dans le domaine de l’enseignement ?

Effectivement, j’ai enseigné la psychologie sociale au Rasmus High School, mais ce n’était pas ce que je voulais vraiment. Je suis un artiste, un musicien. C’est cela ma vie.

Es-tu marié et père de famille ?

Je ne suis pas marié pour l’instant, mais peut être que cela va venir, parce que je partage ma vie avec quelqu’un de spécial. Je suis père de trois enfants, l’aîné est âgé de 17 ans, bien plus élégant et plus beau que moi. Il veut devenir producteur et juriste pour défendre les artistes qui ont été couillonnés. Il y a peu, je regardais en compagnie de Michel Martelly nos fils ainés respectifs, ce fut un moment d’extase pour nous deux. Je suis très fier de mes trois enfants.

Y a-t-il quelque chose que tu aimes de façon particulière!

Les femmes !

Si tu étais aussi riche que Crésus, que ferais-tu de ta fortune ?

Dans chaque ville d’Haïti, j’aurais construit un hôpital, avec la plus grande salle d’intervention chirurgicale au monde, une grande université. Je créerais des Centres de dépistage d’ADN, d’empreintes digitales, afin que nul ne soit plus enterré comme indigent, pour que la mémoire de chacun au lieu d’être souillée, soit honorée. Un orphelinat où les enfants trouveront soin et amour. Je changerais Haïti en un havre de paix et de bonheur.

King Kino a-t-il un groupe musical préféré ?

Non, j’écoute tous les groupes. Chacun a son propre style. Peu importe si c’est un full band ou un groupe basé sur l’électronique. A chacun son groove, la musique n’a pas de limites, sinon elle n’aurait aucune saveur. Toutefois, j’ai un faible pour le Rock ‘n Roll, le New Age.

Un chanteur favori ?

Pas vraiment, j’écoute beaucoup Ray Charles, Bryan Adams et Sting. Mais je me retrouve dans chaque chanteur, mêmes ceux qui affirment avoir débuté en m’imitant. C’est une preuve que j’ai fait un bon travail à la base.

 

Un rêve ?

Voir Haïti redevenir un paradis. Ne plus avoir peur des zenglendos, des kidnappeurs. Ne plus retrouver des renégats dans les entreprises publiques, voler les ressources du pays. Je veux que les jeunes soient au centre des décisions nationales, que certains vieux fassent le vide et donnent une chance à la jeunesse. Je serai en joie quand sur tous les billboards, des pays d’outre-mer, je verrai des publicités relatives à mon Haïti, sur tous les comptoirs, des produits de chez moi. Car, croyez le bien, je suis follement amoureux d’Haïti, si c’était une femme, il y a longtemps que je lui aurais donné un fils. Je l’aurais épousée.

As-tu un message pour les mordus de Culture509 ?

Je veux qu’ils fassent la route avec http://www.culture509.com, qui, j’espère, contrairement à bon nombre d’autres sites haïtiens, ne s’abaissera pas dans la rédaction d’obscénités, mais continuera d’assurer la promotion de la culture haïtienne, comme il a déjà si bien commencé. Le pays a besoin de jeunes comme vous pour aller de l’avant.

J’ai un message pour la jeunesse haïtienne : Evitez la drogue, n’abandonnez pas l’école qui est la clef qui ouvre toutes les portes de la société. Si vous devez faire partie d’un gang, assurez-vous que c’est pour la défense de votre quartier, pour éviter que vos sœurettes soient violées, que l’on amasse des détritus dans les coins de rues, que l’on en fasse une toilette publique et non pour faire du mal à de paisibles citoyens.  Usez de préservatif dans vos relations sexuelles. Le sexe est bon pour le cœur, mais si ce n’est pas avec la personne désirée, si le choix définitif n’a pas encore été fixé, pas de préservatif, pas de sexe. Je demande aux hommes, de protéger les femmes. Ne les frappez plus, cessez de les abuser. Car en dépit de la misère, les femmes haïtiennes sont courageuses et belles.

(Interview Archives)

 

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